spiritualite 11-22Par Christina Sergi, Ph.D. maître en yoga , Swami Christinananda

Cet article fut publié dans le Journal du Yoga de France, parution janvier 2016

Ayant passé plusieurs années dans la réflexion, l’étude et l’écriture autour du thème de la spiritualité sur les bancs universitaires, je constate combien encore aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, il y a encore beaucoup de préjugés, conceptions limitées et fermeture à l’égard de la spiritualité.

L’une des principales causes est sans doute  hélas que la spiritualité n’a pas encore atteint pleinement son statut de discipline ou champ d’études universitaire – au même titre que l’a acquis par exemple la psychologie au siècle dernier. Ce n’est pas peu dire : l’émergence de la psychologie révolutionna les mentalités et a favorisé l’affranchissement du pouvoir de l’Église sur l’inconscient collectif.  De même en est-il je crois pour la spiritualité qui émergera de plus en plus au 21ème siècle comme discipline qui favorise de profondes transformations et évolutions pour l’individu autant que pour le fonctionnement éducatif et sociétal en général. À condition bien sûr de  de s’affranchir d’abord des deux  principaux préjugés actuels qui se reflètent autour de l’usage du terme  spiritualité : 1) La tendance à réduire la Spiritualité à la religion  2) la tendance à identifier à outrance la spiritualité à l’ésotérisme. Dans les deux cas, cela reflète soit des peurs ou des préjugés ainsi qu’une forme d’ignorance sur le sujet.

C’est pourquoi je vais identifier sommairement ce que la spiritualité n’est pas en lien avec la religion et l’ésotérisme pour pouvoir dresser les contours de ce qu’elle est en tant que discipline.

 

La spiritualité n’est pas une religion, un dogme –ni un dérivé d’une religion

Dans son sens et usage courant la religion est associée à un dogme, une croyance en un Dieu créateur qui à l’origine du monde.  Elle implique l’adhésion à des rites. En tant que système de croyance elle permet à l’individu de donner un sens transcendant à l’existence terrestre et ultimement à espérer l’atteinte d’une vie  dite « éternelle » au-delà du plan physique.  En particulier dans la religion chrétienne, le critère d’accès à cette vie éternelle ou ce paradis repose sur la croyance « crois et du seras sauvé ».

De son côté la Spiritualité  est une science de l’être qui ne se rattache pas un système religieux de croyance particulière mais vise essentiellement l’expérience du sujet, son développement intégral, en lui fournissant des outils pratiques pour qu’il découvre sa nature véritable qui est esprit, et ce indépendamment de son adhérence religieuse.

La spiritualité consiste ainsi à soutenir la personne dans l’expansion d’elle-même en commençant par l’aider à se désidentifier de la vision limitée qu’elle peut avoir d’elle-même : identification au corps, à la personnalité, à ses désirs, son rôle  et à  la perception que les autres ont d’elle.  La spiritualité  l’aidera aussi à se désidentifier du  « pécheur »  auquel l’a longtemps identifié l’Église.  Toutes ces fausses identifications empêchent la personne d’évoluer et de faire l’expérience de sa véritable nature qui est lumière, esprit.

Les textes sacrés affirment que Dieu réside dans notre cœur sous la forme d’une flamme et que nous avons à éveiller et alimenter cette flamme intérieure afin d’incarner les qualités divines qui permettent de manifester la nature véritable de notre être qui est voilée par l’attachement, le doute, la peur, les fausses identifications, autrement dit l’ignorance de la véritable nature de notre être. C’est là l’essence et le cœur de la Spiritualité.

Il m’est arrivé d’entendre des gens dire d’eux-mêmes – : «  Je ne suis pas spirituel » – et par là il faut supposer qu’ils voulaient signifier qu’ils n’adhéraient à aucune religion, ou croyance d’ordre métaphysique, ou encore qu’ils étaient fermés à l’idée qu’ils puissent potentiellement être dotés de facultés supérieures.    C’est un choix personnel bien sûr que de décider si nous voulons ou non limiter notre propre expérience de la Réalité.

Pourtant, depuis des millénaires, l’être humain a toujours cherché le sens transcendant à son existence terrestre. Depuis des millénaires, l’être humain reconnait  intuitivement qu’il est plus qu’un corps physique.  C’est une connaissance, un savoir expérientiel qui vient de la conscience profonde de l’individu mais pour qu’il y ait une réelle attention et prise en compte de cette réalité, cela demande de l’observation de soi, de l’intériorité ainsi qu’une pause des mécanismes habituels du mental, de l’intellect.  Cela suppose de prendre un recul face aux manières toutes faites de comprendre et saisir le monde, souvent apprises sur les bancs d’école, de l’église, des universités et qui trop souvent, nous ont inculquées une perception limitée de soi ou de la Réalité.  La société véhicule des perceptions ou préjugés que nous portons même inconsciemment et qui deviennent de réels obstacles à une expansion de conscience. C’est ce qui m’amène à parler du deuxième point :

La spiritualité n’est pas de l’ésotérisme ou de l’occultisme

La plupart des gens pour qui la spiritualité est associée à l’ésotérisme relient la spiritualité à l’étrange, l’occulte et à certains types d’activités comme la communication avec les défunts, les messages de canalisation, les sujets portant sur le pouvoir des pierres, des cristaux, la télépathie, les pouvoirs paranormaux etc. Ces sujets qui sont souvent les parcs d’attraction du spirituel ne concernent pas directement le sens et le but ultime de la Spiritualité avec un grand S à savoir –comment l’individu peut s’éveiller à sa nature véritable, pleinement se développer, atteindre la libération finale (moksha). Bien que le développement spirituel puisse toutefois entraîner l’éveil de facultés psychiques, aiguiser la télépathie, développer des pouvoirs (siddhis), la Spiritualité ne peut, en aucun cas, être réduite à cela.

C’est ainsi que de classer la spiritualité au rang de sous-produit de la religion ou encore la discréditer en la réduisant à l’attraction pour des pratiques dites ésotériques, est somme toute une façon de maintenir le voile de l’ignorance autour de la lumière qui git en chacun.

 

En bref…

La spiritualité est un vaste champ d’études qui comprend la philosophie (connaissance sur le sens ultime de la vie),  la psychologie (étude de soi), de la religion (études des symboles et rites) et la mystique (pratique d’éveil et d’unité au divin). Elle a une dimension profondément expérientielle et pratique où chacun est invité à l’auto-exploration de soi et de sa propre dimension spirituelle innée.

La spiritualité est à l’aube de la manifestation de ce qu’elle contient comme richesse pour aider la personne, la société et l’ensemble d’une civilisation à dépasser le culturel, le religieux, le dogme, et tout autre forme d’endoctrinement qui, à travers l’histoire a maintenu l’individu dans une forme d’ignorance de son véritable potentiel.   La Spiritualité est essentiellement une expérience de soi qui permet d’évoluer dans tous les plans de son existence et acquérir une autonomie de pensée qui permet de se sentir un être libre.

Ainsi donc la Spiritualité en tant que science et art de la pleine réalisation de Soi est le lieu pour qu’émerge une nouvelle civilisation d’êtres devenus plus Humains parce que plus Spirituels.

Om Shanti

© Christina Sergi

 

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