Le yoga et l’évolution de l’espèce humaine

Christinananda (Christina Sergi, Ph.D.maître en yoga)

ahimsa

Le 21 juin fut décrété par L’ONU la

Journée mondiale du Yoga

C’est une journée pour mettre de l’avant les bienfaits du yoga dans tous ses aspects d’harmonisation corps cœur esprit pour soi et pour l’humanité en général… Mais si l’on regarde l’état du monde, des guerres persistantes ainsi que de récents gestes individuels de tuerie aux États-Unis par exemple, on réalise combien plusieurs êtres humains sont encore embrigadés dans l’inflation de l’égo, la soif de pouvoir, de domination physique et idéologique… Et plus triste encore, plusieurs âmes terrestres sont prisonnières du voile de l’ignorance tamasique qui fait croire que le bonheur et la liberté se trouvent encore dans la prise d’armes pour faire taire, faire peur, et prendre pouvoir afin de vaincre le prétendu ennemi de la différence de soi.

N’est-ce pas là plus grande prétention humaine que de penser que nous possédons tout le savoir, la vérité, la connaissance pour pouvoir juger autrui, au point de le dénigrer, le torturer, et le détruire ? En ce 21e siècle où les avancées technologiques surpassent le degré de bienveillance humaine, il est accablant de constater que nombre de cœurs humains demeurent toujours barricadés et dominés par l’esprit de pouvoir, de haine, d’intolérance et de vengeance. On pourra alors se demander : comment se fait-il que dans un monde où le yoga est de plus en plus pratiqué en tant qu’art de mieux vivre y at-il encore autant de barbarie humaine ?
Il semble qu’il y ait encore un nombre insuffisant de personnes qui ont adopté ce nouvel art de vivre en yoga dans l’esprit

ahimsa (non-violence)

pour que le point de bascule planétaire soit atteint et que la masse mondiale des cœurs humains s’affranchissent de toutes ces émotions régressives d’intolérance et de haine… Vous connaissez la théorie du 100ème singe? En bref, celle-ci expose la possibilité d’une intégration d’un nouvel état de conscience collectif à partir d’un seul nouveau comportement individuel imité graduellement par plusieurs jusqu’à l’atteinte du point de bascule, c’est-à-dire l’atteinte du nombre suffisant d’individus adoptant ce comportement et qui apportera le changement définitif de paradigme chez l’espèce entière.
Reportons maintenant cette théorie à la graduelle mondialisation du yoga comme nouvelle pratique corporelle qui touche aussi les possibles transformations et évolutions de l’âme humaine, car le yoga conduit à une approche plus douce, réceptive de la réalité et la prise en compte de l’importance de vivre dans l’esprit ahimsa, c’est-à-dire de non-violence. Une collectivité entière qui adopte la valeur ahimsa comme mode d’être, peut avoir mondialement un effet de changement de paradigme de conscience. Lorsque ce moment arrivera, la conscience de l’être humain génèrera un nouveau mode d’être et de fonctionnement. De l’humain conquérant, dominateur et destructeur suivra l’être humain pacifiste, manifestant spontanément l’altruisme, le partage et l’harmonisation avec la différence de l’autre. Avec cette nouvelle conscience, toute réaction comportant une montée des armes et cela, quelle que soit la raison ou la cause idéologique, sera considérée essentiellement inhumaine, régressive. Dans ce nouveau monde, l’humain aura enfin atteint la conscience énergétique du cœur. Quand ceci sera visible pour tous, on pourra affirmer que le yoga vécu intégralement en tant que pratique AHIMSA aura joué un rôle de premier plan dans l’atteinte de ce point de bascule de la conscience humaine.

La récente montée des actes de violence dus au radicalisme idéologique ou pour d’autres raisons confirme d’autant plus l’importance de la pratique du yoga en tant qu’art de vivre dans l’esprit AHIMSA et cela, quelles que soient sa race, sa culture, sa politique, sa croyance ou religion, car la pratique du yoga dans tous ses aspects, amène la lumière dans la conscience et apporte la grâce du discernement intérieur qui consiste à pouvoir distinguer en soi les forces de l’égo qui s’opposent à celles de la conscience-lumière en soi, c’est-à-dire celles qui protègent le cœur et la terre entière de l’autodestruction.
Dans le contact avec notre cœur, l’être sagesse que nous sommes apparait dans son état naturel, non déformé par l’égo de la toute-puissance. C’est dans l’espace du cœur que nous ressentons la peine de la mère qui a perdu son fils à la guerre, la souffrance du soldat qui prend conscience de l’inutilité des armes, la bienveillance de l’étranger qui console… Dans notre cœur nous croisons tous les regards du monde sans race ni religion, car la nature du cœur est celle du christ-amour et du bouddha-compassion.
Bien au-delà de la journée mondiale du yoga et de notre tapis de yoga, plaçons AHIMSA dans notre corps-cœur-esprit et dans chaque moment de notre vie afin de contribuer à la manifestation de ce nouveau point de bascule qui se caractérisera par une pacification de tous les cœurs humains à l’échelle mondiale.

Om Shanti, Shalom, Salam, pace, peace, paix, Om
© Christina Sergi, Ph.D. 2016